Déchéance de Napoléon 1er. La Première Restauration.

Centurie III. Quatrain 36.

Enseveli non mort apoplectique,

Sera trouvé avoir les mains mangées :

Quand la cité damnera l’hérétique,

Qu’avait leurs lois se leur semblait changées.

ANNÉE TROUVÉE : 1814. Déchéance de Napoléon 1er. La Première Restauration.

 

Ce curieux quatrain est une allusion à Napoléon Bonaparte qui, après la campagne des Six-jours (du 6 au 14 février 1814) perdra ses dernières batailles, sera déchu et abdiquera le 5 avril 1814. Il sera ensuite déporté à l’île d’Elbe.

 

Explications :

« Enseveli non mort apoplectique, sera trouvé avoir les mains mangées ». « Apoplectique » a pour synonyme « congestionné, cramoisi, livide ». Un personnage non congestionné, sera enterré vivant (« enseveli ») et trouvé avec les mains mangées. En réalité le personnage en pleine forme (« non mort apoplectique ») enterré vivant est Napoléon Bonaparte, qui se trouva déchu et fut déporté à l’Île d’Elbe. « Les mains mangées » sont une image de la perte de son pouvoir et la perte de ses moyens militaires pour se battre.

 

« Quand la cité damnera l’hérétique » . « La cité » désigne la ville de Paris et « hérétique » un personnage apocryphe (que l’Église ne tient pas pour canonique).

 

L'histoire : la non-application par les États du Pape, du blocus avec la Grande-Bretagne ordonné par Napoléon dégrade rapidement ses relations avec l’Église. Le 3 février 1808, la division du général Miollis occupe Rome, et le mois suivant, le royaume d’Italie dont Napoléon est souverain. Il annexe aussi les possessions pontificales d’Ancône, Macerata, Fermo, et Urbino. Les relations diplomatiques sont brisées. Le 17 mai 1809, Napoléon depuis Schönbrun, donne deux décrets qui reprochent au pape le mauvais usage de la donation de Charlemagne, son « auguste prédécesseur », et annexe à l’Empire français les territoires que le pape détenait encore. Miollis les organise avec un conseil extraordinaire. Le pape reçoit un dédommagement de deux millions de francs annuels. Le 10 juin, le drapeau pontifical qui flottait sur le château Saint-Ange est amené.

 

Le pape excommunie Napoléon. Un des officiers de Napoléon, l’ambitieux lieutenant Radet, prend l’initiative d’enlever le pape sur la chambre duquel les canons français pointaient. Pie VII reste prisonnier, malade, déplacé, et le plus souvent interné à Savone. Par de nombreux moyens, Napoléon cherche à faire pression sur lui pour obtenir sa renonciation au pouvoir temporel et à un nouveau concordat. Le pape, mis en résidence surveillée pendant six années, ne retourne à Rome que le 24 mai 1814, après sa libération par des troupes de la Coalition au moment de la défaite de Napoléon. Paris damnera Napoléon.

 

« Qu’avait leurs lois se leur semblait changées » : la déchéance de l’empereur entraîna, le 6 avril 1814, un retour de la monarchie et un changement de constitution. De nouvelles « anciennes » lois furent promues dont voici une liste non exhaustive :

 

L’histoire :

  • 6 mai : création d’un conseil royal de la guerre, composé de 14 membres.

  • 12 mai : ordonnance qui réorganise les corps d’infanterie de l’armée française afin de « déterminer la force et l’organisation de l’infanterie de l’armée française pour le pied de paix » et qui abandonne le drapeau tricolore au profit du drapeau blanc du royaume de France.

  • 13 mai :

    • ordonnance portant nomination des ministres du gouvernement de la Première Restauration.

    • le comte d’Artois est nommé par ordonnance royale « colonel général de toutes les gardes nationales de France ».

  • 30 mai : premier traité de Paris. Le territoire de la France est ramené aux frontières de 1792, avec quelques concessions (Avignon, une partie de la Savoie, Montbéliard et Mulhouse). Perte de presque toutes les colonies au profit du Royaume-Uni.

  • 4 juin : charte constitutionnelle octroyée par le roi établissant un régime représentatif composé d’une chambre des pairs nommés par le roi et d’une Chambre des députés élus. L’article 2 de la Charte abolit la conscription et fait appel à des engagés volontaires.

    • Les derniers émigrés entrés en France avec le roi critiquent la Charte et veulent un retour à l’Ancien Régime. Malgré son désir d’union nationale, le roi écoute souvent les conseils des ultra-royalistes : l’ordonnance du 7 juin rétablit le dimanche comme fête chômée. Les cabarets doivent être fermés pendant la messe. La procession publique de la Fête-Dieu est rétablie en juin.

  • 14 juin :

    • Charles d’Artois est nommé lieutenant général du royaume par le Sénat.

    • ordonnance qui porte que la dotation du sénat et des sénatoreries est réunie au domaine de la couronne.

  • 1er juillet : ordonnance réorganisant la marine.

  • 5 juillet : ordonnance portant nomination des membres du Conseil d'État.

  • 11 juillet : ordonnance concernant l’organisation de la gendarmerie royale.

  • 16 juillet : ordonnance qui supprime la Saint-Napoléon, la fête du couronnement impérial et la célébration de l’anniversaire la bataille d’Austerlitz établies le 6 février 1806.

  • 30 juillet : une ordonnance supprime les écoles militaires de Saint-Cyr et de Saint-Germain ainsi que le prytanée militaire de La Flèche et rétablit l’École militaire de Paris.

  • 21 août : les inscriptions sur les listes d’émigrés sont abolies par ordonnance royale.

  • 7 septembre : distribution solennelle par le roi au Champ-de-Mars des drapeaux blancs aux douze légions de la Garde nationale de Paris.

  • 30 septembre : ordonnance portant que les villes du royaume reprendront leurs anciennes armoiries qui leur ont été attribuées par les rois de France.

  • 5 octobre : ordonnance autorisant les archevêques et évêques à établir une école ecclésiastique dans chaque département dont ils nommeront les chefs et les instituteurs.

  • 21 octobre : loi sur la police de la presse.

  • 18 novembre : loi imposant le repos dominical.

  • 28 novembre : ordonnance rétablissant l’institution du Mérite militaire.

  • 2 au 9 décembre : les Britanniques évacuent la Martinique en exécution du traité de Paris et remettent l’île aux Français.

  • 12 décembre : ordonnance du roi rétablissant des dotations spéciales de l’Hôtel royal des invalides, des écoles militaires et de l’ordre de Saint-Louis.

 

Signification du quatrain :

En 1814, Napoléon, déchu de son pouvoir et n’ayant plus aucun moyen de se battre, sera considéré comme enterré vivant. Paris le damnera et le peuple français croira à tort que les textes des lois changeront.

 

 

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Source : Article Napoléon Ier de Wikipédia en français (http://fr.wikipedia.org/wiki/Napol%C3%A9on_Ier).

Source : Article 1814 en France de Wikipédia en français (http://fr.wikipedia.org/wiki/1814_en_France).